J’imagine que ce n’était qu’une question de temps avant que je me fende d’un billet sur le sujet ici.
À chaque fois que j’ai eu envie d’en parler sur internet, je me sentais par avance frustrée de la limite de caractères imposée et de devoir réfléchir à découper mon propos pour qu’il entre dans les espaces accordés tout en gardant un sens et une lecture naturelle.
Des conséquences qui nous dépassent
Ce n’est plus un secret pour personne l’IA générative est une catastrophe à bien des niveaux :
- écologique (empreinte environnementale croissante, particulièrement énergivore, etc)
- social (propagation d’arnaques et fakes news, propension au cyber-harcèlement, retrait de la capacité de penser…)
- professionnel (emplois remplacés ou dévalorisés, vol de savoir-faire, perte de qualité et d’identité…)
- etc
Pour n’en citer que quelques uns et d’autres vous l’expliqueront en détail bien mieux que moi.
Je ne suis pas un robot
La beauté humaine m’a toujours paru grandement résider dans la capacité que nous avions à créer.
Quand j’étais petite, et plus globalement avant l’IA générative, les êtres humains n’hésitaient pas à faire preuve de beaucoup d’imagination pour réaliser leurs projets. De l’enfant qui trouve dans la nature des substituts d’ingrédients pour faire déguster « pas pour de vrai » à sa grand-mère de magnifiques crêpes de boue, à l’artiste qui fait rêver des milliers de personnes en les faisant voyager à travers un univers qui lui est propre, en passant par l’adolescent.e surprenant son professeur au détour d’une dissertation particulièrement brillante…
L’humain a été épatant d’imagination et de créativité. Fut un temps, pas si lointain d’ailleurs, où les adultes étaient même parfois effrayés face à l’imagination débordante des enfants – c’était le lot des atypiques que de ne pas savoir vivre dans le réel.
Heureusement, souvent, pour nous – l’humanité évolue. Le temps a passé depuis mes propres crêpes de boue : les métiers créatifs se sont développés, une prise de conscience écologique s’est faite dans plusieurs entreprises et à l’échelle de la société. Nous nous sommes souciés de l’origine de nos produits, des packaging non-recyclables, des pailles qui tuent les tortues, des mers de goudron, des transports individuels, du plagiat, de l’empreinte carbone… Et le travail se poursuivait, trop lentement encore une fois, mais la marche était bien entamée vers une tentative de réparation collective (même si les riches et puissants se sentaient bien moins concernés que le péon lambda qui pisse sous la douche, disons-le) ou, à minima, une prise de conscience valable et peut-être durable.
Et puis, la chute. L’appât du gain, le travail facilité (et bâclé), des pelles d’articles de merde sur nos sites JV qui te montrent « à quoi ressembleraient ces personnages populaires dans cet autre univers », des flemmard.e.s, des radin.e.s, des opportunistes.
Soudainement, le péon lambda est intimement persuadé que sa vie va s’en retrouver impactée positivement parce qu’il aura suivi la trend geekounette du moment en passant sa tronche dans une moulinette Ghibli. Aucun cercle n’est épargné, même les bons vieux gauchos (dont je fais partie) s’oublient le temps d’un tweet, un blousque, un post instagram. Apparemment le sujet devient éthiquement ok si c’est nous qui l’utilisons. Après des mois de sensibilisation sur ces sujets, la honte…
Faites ce que je dis…
Pourtant je me souviens très bien de vous. Je me souviens bien que vous étiez là pour hurler quand une personne volait vos miniatures ou utilisait des séquences de vos contenus pour les intégrer aux siens ou pour les réact – à juste titre. Je me souviens de vous quand vous dénonciez les crypto-bros et les NFTs – à titre d’autant plus juste que le boycott général que nous avons appliqué vis à vis de ces dernières a payé ! Nos actions sur le sujet font qu’aujourd’hui les NFTs ne sont qu’un léger brouhaha, un murmure dans le paysage social.
Alors ne venez pas me dire « si tu prends pas le pli de l’évolution technologique quand elle arrive… et nanani et nanana ». L’histoire nous montre qu’on sait ne pas juste être des moutons. Que nous arrivons à nous battre contre les non-sens technologiques, à leur faire un gros doigt d’honneur et les reléguer à leur juste place = un sursaut temporaire à l’échelle humaine, un grain de poussière dans le désert, un pet de cerveau rangé dans un tiroir.
Alors merde, vous en êtes où ? On en est où ? On fait quoi ? Pourquoi soudainement, parce qu’un robot colle votre tronche à la place de la Princesse Mononoké, finalement, on s’en contre-fout des conséquences multiples et désastreuses ?
Et puis, après des années à dénoncer le capitalisme et l’usage jusqu’à la moelle des travailleur.euses, là vous opposez des arguments à base de « travailler moins / plus vite » alors que cet usage pousse à travailler moins bien et finalement PLUS pour rattraper des montagnes de conneries balancées en ligne sans un remord ? Parce que c’est ce qu’il se passe en fait.
À titre personnel, je préférerais largement subir une baisse qualitative générale dans les services fournis parce que vous militez pour des conditions de travail plus saines et des salaires plus justes plutôt que parce que vous êtes occupé.e.s à demander à Grok de vous expliquer un truc que vous auriez pu 1) demander aux personnes concernées 2) chercher via des sources fiables en 2 minutes.
Curseur moral en carton. Et le ciel sait que j’ai été élevée comme une acharnée du travail efficace et rapide. Tout donner en vitesse accélérée pour une reconnaissance faible voire inexistante… Mais utiliser l’IA générative ce n’est pas travailler (ou utiliser) efficacement et/ou rapidement. C’est voler le travail des autres, participer à détruire votre environnement et des branches de métier, endormir la capacité à réfléchir et analyser, propager des informations souvent erronées et tresser le poil que vous avez dans la main jusqu’à ce qu’il touche vos chevilles en pastèques.
En bref
Personne ne demande à autrui d’être exemplaire. Ce n’est, de toute façon, pas possible. Par nature nous sommes amené.e.s à faire des erreurs (dans le sens « se tromper ») mais la nature nous a aussi donné un sens critique et la capacité de s’améliorer. Ensemble. En apprenant des autres, en apprenant aux autres, en s’écoutant, en partageant collectivement, en retirant cette part d’égoïsme toxique et cet ego qui ressortent trop facilement – le temps d’un échange. Et ainsi repartir sur des bases plus saines.
Dessinez des trucs moches ou payez des dessinateur.ices – écrivez des trucs nuls ou payez des rédacteur.ices – composez des sons pétés ou payez des musicien.nes. Payez = vous ferez vivre autrui en obtenant un travail qualitatif avec une vraie identité. Faites vous mêmes = la pratique vous permettra de vous améliorer et votre self-esteem n’en sera que décuplée. Je crois que nous avons toutes et tous besoin de croire, de nouveau, en nous.
L’intelligence artificielle générative n’est PAS nécessaire à notre développement et à notre savoir-faire. S’élever contre son usage et la ramener à un détail de l’histoire nous économisera bien des conflits et bien des soucis. Cultivons l’imaginaire et la créativité grâce à nos esprits et non pas grâce à une machine qui sait brasser des mots, des traits et compter deux par deux – ou bien continuons de nous émerveiller de celle des autres.
Cet article aussi n’est qu’une poussière dans un désert, écrit un peu à l’arrache mais avec le coeur et un peu d’humanité, je crois.


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